Monsieur Bertrand: choisissez votre camp !

Xavier Bertrand a gagné ses élections dans sa région et donc son ticket pour la présidentielle. Il refuse le vote sanction des électeurs du parti LR dont il crut bon devoir claquer la porte en 2017, un lendemain douloureux de défaite. Mais il est à l’heure du choix : perdre tout seul en refusant de se joindre à la primaire à droite, ou faire gagner « son » camp en s’y associant !

J’avais écrit ici que la victoire de la droite en 2022 passait nécessairement par la défaite de Bertrand dans les Hauts-de-France aux régionales. Non pas qu’il fût espéré que le Rassemblement national gagnât les élections dans cette région qui n’a pas mérité pareille calamité, mais parce que, de son propre aveu, Bertrand fit de sa réélection le passage obligé de sa candidature aux présidentielles de 2022.

Et Bertrand, dont un des grands défauts est certainement de n’avoir pas assez de doutes, a déjà fait savoir qu’il refuserait de se plier à un processus de départage, primaire ou autre, de la droite dont il se revendique pourtant, à défaut d’être resté LR. Ce qui veut dire que Bertrand est LR quand il s’agit de recueillir les suffrages des électeurs, mais plus quand il faut se discipliner pour faire gagner sa famille politique, fût-ce par un autre.

C’est pourquoi j’avais estimé que « Bertrand préfère perdre tout seul que faire gagner sa famille politique », et qu’en conséquence il serait préférable en 2022 qu’il perdît en 2021. Nous y sommes : il a gagné sa réélection dans les Hauts-de-France, et donc validé son ticket pour la présidentielle.

C’est une très mauvaise situation pour la droite. Bertrand avance qu’il est le mieux placé des personnalités de droite dans les sondages, mais à 18%, il n’arrive pas au second tour, ce qui ne sert pas à grand-chose ni ne constitue un avantage pour le ralliement de l’électorat .

Certes, il ne désavouerait pas une nomination aux sondages, pour injuste qu’elle soit, qui le placerait selon les scores d’aujourd’hui en pole position. Mais qui peut encore donner le moindre crédit aux sondages après leur fiasco des derniers scrutins ?

Curieusement, Bertrand semble craindre un vote des sympathisants de la droite et du centre dans le cadre d’une primaire. Peut-être réalise-t-il qu’avoir claqué la porte au lendemain de la défaite de Fillon n’est pas le garant d’un vaste soutien de ceux qui ont continué à y croire . Et pourrait lui porter préjudice dans une primaire, au cas où les électeurs considéreraient que ceux qui enfoncèrent les clous de la défaite ne sont pas les mieux placés pour retrouver le chemin de la victoire. Il n’a certainement pas tort. Jouer sa carte personnelle quand le collectif sombre est un pari risqué, et souvent sans appel.

Pour le malheur de Bertrand, ses concurrents ont aussi passé brillamment le test des régionales. Pécresse et Wauquiez ont aussi été largement réélus. Wauquiez est le mieux réélu, et celui qui peut se targuer d’avoir fait reculer le plus le Rassemblement national. Il n’est donc pas moins crédible, ni moins légitime, que Bertrand. D’autant que Wauquiez s’est essayé à remettre le parti LR sur les rails après la défaite de 2017, au lieu de claquer la porte comme ses deux concurrents. Pour quiconque est resté un fidèle soutien (et électeur) du parti, un Wauquiez vaut mieux qu’un Bertrand ou une Pécresse, ne serait-ce en raison de sa colonne vertébrale. Parce que si l’on regarde vers les états de service Bertrand comme ministre, le constat serait assez accablant. Autant dire que le cursus de l’impétrant n’est pas son meilleur atout – il gagnerait plutôt à le faire oublier.

Mais voilà aussi que les commentateurs s’y mettent : la droite peut gagner en 2022, sauf si elle persiste à rester la droite la plus bête du monde. Celle qui est majoritaire dans le pays, mais se torpille à force de course de petits chevaux : ceux qui encore une fois préfèrent perdre seuls que de laisser un autre gagner.  Alors les médias qui soutiennent la droite la mettent en garde : arrivera-t-elle à s’entendre ou va-t-elle s’éparpiller « façon puzzle » ? Elle connaît les enjeux, mais peut décider de les ignorer avec le résultat inévitable d’une nouvelle cure d’opposition, avec cette fois la vraie menace de disparition à force de désespérer ses troupes !

Et comble du malheur de Bertrand, voici que trois de ses concurrents à la nomination présidentielle à droite, Pécresse, Wauquiez, Retailleau viennent de signer avec Morin une tribune appelant à une désignation par primaire  du candidat de la droite.  Réunion en juillet pour définir les modalités de la primaire (y compris cette fois la désignation d’un plan B, si Macron trouvait le moyen de mettre des officines pseudojudiciaires aux basques du candidat comme il le fit en 2016) qui est toujours inscrite dans les statuts de LR, appel à candidatures fin août et vote en octobre afin de commencer la campagne dans les meilleures conditions et avec un timing idoine – en espérant cette fois que l’heureux élu ne commence pas par partir faire du ski en vacances, pour changer. On espère une primaire à un tour, sur la base du système imaginé par Retailleau, afin d’éviter la lutte fratricide d’un deuxième tour, si pénalisante comme on a pu le constater en 2016

Bertrand peut-il rester en dehors du mécanisme de sélection ? Oui, s’il persiste à refuser de s’y rallier et qu’il a les nerfs suffisamment solides pour résister à la pression immense qu’il devra affronter. Mais comment alors justifier qu’il serait le candidat de la droite et du centre s’il s’en exonère ? Un peu comme un Macron qui n’a jamais été considéré – à tort ! – comme le candidat socialiste faute de s’être plié au processus de la « primaire citoyenne » de janvier 2017. S’il persiste seul, il montre son atavisme pour une défaite égoïste au lieu d’une victoire collective. Avec bien sûr le risque de prendre suffisamment de voix à la droite pour l’empêcher d’être au second tour. Et donc se réserver un destin de Taubira de la droite, et supplétif d’un Dupont-Aignan qui priva, mais sans qu’on eût l’indélicatesse de le lui reprocher, Fillon d’un deuxième tour en 2017, avec ses 4,65% alors qu’il n’a manqué  que 1,29 point au candidat LR pour dépasser Le Pen au premier tour.

Mais s’il veut avoir une chance d’être élu, il ne peut l’envisager que dans le cadre de cette primaire. S’il veut compter dans le gouvernement d’alternace que la droite mettra en place, il doit la soutenir.

Une chose reste certaine : Bertrand ne peut faire gagner la droite tout seul. Mais il peut très bien la faire perdre. Le choix est le sien et le moment est venu de montrer dans quel camp il est réellement.

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